Jean-Pierre OSTENDE

Biographie

Jean-Pierre Ostende est né en 1954 à Marseille. Il vit à Marseille. Il travaille où il peut.

Bibliographie

Les Élans minuscules, poèmes, Éditions Unes, 1986.

La Conviction de la rampe, poèmes, Éditions Unes, 1988.

Le Mur aux tessons, roman, Éditions Gallimard, Collection l’Arpenteur, 1989.

Le Pré de Buffalo Bill, essai, Éditions Via Valeriano, 1990.

Le Neveu chronique, roman, Éditions Gallimard, Collection l’Arpenteur, 1991.

Le Documentariste, roman, Éditions Gallimard, Collection l’Arpenteur, 1994.

Bellevue Parc, récit, Éditions Le Midi Illustré, 1995.

La Province éternelle, roman, Éditions Gallimard, Collection l’Arpenteur, 1996.

Bruegel, Jeu, Travail, Place, récit, Éditions Flohic, Collection Musées secrets, 1998.

Planche et Razac, roman, Éditions Gallimard, Collection l’Arpenteur, 1999.
GRAND LITTORAL

Longtemps le point de vue imbattable à Marseille fut Notre-Dame de la Garde. On pouvait y faire des courses spirituelles. Pour les courses plus alimentaires, mais avec point de vue qui ouvre l’appétit, maintenant il y a Grand Littoral. Ne jouissez pas tout de suite en arrivant. C’est un endroit très grand mais il y a de la place.
Au XXème siècle on n’a pas fait que s’entretuer. On a construit des centres commerciaux. Le château médiéval s’ordonnait autour d’une cour - le centre commercial à partir d’un parking : grand espace vide aux décorations géométriques faites de flèches, traits blancs, lignes jaunes au sol, rangées d’arbres (magnifiques vues d’avion) dont la monotonie est rompue par des rassemblements de chariots. Quelques riches centres commerciaux ont un double parking (intérieur et extérieur) et de multiples points-chariots (plastique / métal).
Chef d’œuvre du classicisme fonctionnel dans notre civilisation à roulettes, vous apprécierez la bulle proxémique du chariot métallique, grillagé, si caractéristique du XXème siècle. Personne n’a appris à pousser un chariot et souvent on a des difficultés avec les roues mais dès que l’on pousse, on semble hypnotisé. Deux mille ans de civilisation pour arriver aux escalators et tapis roulants de Grand Littoral. Au XXème siècle l’homme-client se déplace encore.
Nous apprécierons la remarquable utilisation des plastiques et du verre, l’opposition courbes/contre-courbes, les plafonds crème aux percées ovales et rondes, les dômes et coupoles, verre et lumière du soleil et ciel bleu, entre fontaines et palmiers d’intérieur. (Piranese s’est inspiré de Grand Littoral et de son cinéma).
à l’époque la France venait de terminer la guerre du golfe. Les six avions revenus au pays, on bâtit le plus grand centre commercial de France avec 140 000 m2 de surface, 170 magasins et 4900 places de parkings (gratuites et surveillées). Avec des matériaux traditionnels dits « vieux comme le monde » (pierre, bois, brique, céramique, terre cuite) et des matériaux modernes (plastique, béton armé).
Bien que les moyens de communication du XXème siècle nous paraissent rudimentaires la circulation était déjà active, les échanges organisés entre nations et les influences nombreuses. Les mots-clefs restaient : proportions, module, échelle.
Entre le centre commercial des villes et celui des champs, voilà l’espèce rare : le centre commercial des mers. Cela seul vaudrait un détour par Grand Littoral. Voilà un point de vue très point de vue, digne du musée du point de vue de Jean-Daniel Berclaz.
Que voit-on ? La Méditerranée, berceau de civilisation. Jolie colline couronnée d’un centre commercial. Nous n’y trouverons pas l’élan vers le ciel et la verticalité (les flèches sont un trait gothique inspirées du gratte-ciel), mais l’étalement : la contemplation, l’éternel. Pour l’âme. Pour la Grèce. Pour le berceau. Pour Rome. Le point de vue des villes et le point de vue des champs réconciliés grâce à la Méditerranée. Et la Méditerranée n’est-elle pas un merveilleux trait d’union artistique ?
Les plus romantiques viendront le soir sur ce balcon pharaonique. Nous pouvons exagérer le rêveur ou la rêveuse qui se cache en nous. Même si, après, nous sommes tous un peu déçus. Mais c’est le charme de la vie.