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Marseille
Bouches-du-Rhône
Date de construction : 1947-1956
Programme : Quartier urbain résidentiel, commerces, collège
Commanditaire : Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU)
Architectes en chef : André Lecomte (1894 - 1966), Auguste Perret (1874 - 1954)
Fernand Pouillon (1912 - 1986), André Devin (1905 - 1983)
Rédacteur : Agnès Fuzibet, architecte.
Site ville : www.mairie-marseille.fr
La démolition de la rive nord du Vieux-Port lors
de la Deuxième Guerre mondiale fut
organisée par le gouvernement de Vichy
après lévacuation denviron 20 000 personnes en
1943, dans lobjectif de décongestionner la vieille
ville.
Compromis entre modernité et tradition, le plan
directeur ménage le site, hiérarchise les espaces
publics avec une voie principale sur le quai, couplée
à un réseau de voies secondaires et de placettes
semi-privatives. Le programme, qui intègre deux
tours en chantier,est allégé après
la nomination de Pouillon. Lensemble, homogène,
est implanté parallèlement au quai, exposé au sud.
Il se compose dunités séparées par des axes transversaux
ouvrant la vue sur le vaste plan deau et la rive
opposée. La trouée majeure, dégageant lensemble
monumental formé par la Mairie et lHôtel-Dieu,
est la seule coulée de verdure de cet espace minéral.
Létagement progressif des toitures, alternant tuiles
et terrasses sans dépasser la ligne de crête du vieux
quartier, inscrit les volumes avec simplicité et met
en relief le dispositif monumental environnant,
dominé par le clocher des Accoules.
La butte de la Tourette, en biais, ferme le site au couchant avec des
immeubles novateurs où lunique tour de 14 étages
se dégage en contrepoint des lignes verticales de
léglise Saint-Laurent et du fort Saint-Jean.
La réalisation dune quinzaine dîlots est répartie entre les équipes
dopération. Les directives ministérielles visent la
rationalisation et la normalisation qui se limite à la
hauteur détage, à la trame des baies et des éléments
de menuiserie standardisés. La pierre et le béton
font bon ménage : Pouillon et Devin privilégient
la pierre, Castel et Rozan-Chirié lassocient au béton,
Dunoyer de Segonzac choisit le béton brut, Crozet
utilise des panneaux de dalles roses de gravillon lavé.
La construction vedette de cet ensemble harmonieux
est sans conteste la magistrale séquence
urbaine de près de 600 m encadrant lHôtel de
Ville, faite dun alignement de blocs réguliers en
pierre massive, dégageant une galerie publique en
rez-de-chaussée, et achevée à louest par un immeuble
assurant la transition avec ceux de la butte.
Le vocabulaire architectural et lintégration doeuvres
de sculpteurs de renom sont à souligner.
André Lecomte, Grand Prix de Rome en 1927, enseignant, établit un plan directeur pragmatique et cohérent pour le Vieux-Port mais son projet d’immeuble-barre en front de mer, soulevant l’hostilité générale, le contraint à démissionner au bénéfice de Pouillon.
Fernand Pouillon : sa rencontre avec Beaudouin en 1942 à l’occasion de son diplôme est décisive dans son parcours professionnel et notamment dans son investissement sur le Vieux-Port : assistant de Beaudouin pour la modernisation de la ville, membre d’une équipe lauréate du concours de 1946, il est l’architecte de l’ensemble dominant le site avec René Egger. Encouragé par Claudius-Petit pour la qualité et la rapidité de ce chantier dit de la Tourette, il réussit par un contre-projet à souffler la façade sur quai à Lecomte bien que le gros-œuvre soit en cours. La désignation officielle en avril 1951 d’Auguste Perret, architecte en chef, avec André Devin et Fernand Pouillon comme adjoints est toute formelle. Pouillon a remporté une grande victoire avec la caution d’un architecte respecté et reconnu.
Le ministère de la Reconstruction et de lUrbanisme
(MRU) préfinance et dirige les travaux. Eugène Claudius-Petit, à sa tête de 1948 à
1953, décide dimportants remaniements des projets
et nomme de nouveaux architectes en chef,
dans un souci de nouveauté et déconomie.
L’inscription au titre des monuments historiques en 1993 de l’immeuble situé à l’est de l’Hôtel de Ville constitue la première protection de l’œuvre de Fernand Pouillon.
Le quai de l’actuel port de plaisance vient d’être réaménagé. Malgré l’invasion des parkings, le quartier jouit d’un calme certain, véritable enclave de paix au micro-climat privilégié, à proximité d’un centre-ville bruyant. En jonction avec le vieux quartier en difficulté, l’Hôtel-Dieu, en belvédère sur le Vieux-Port, est en attente de réaffectation comme le fort St-Jean à l’entrée de la passe.
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